
L’AJ Auxerre prépare l’avenir quoiqu’il arrive
Par la rédaction, le
En lutte pour se maintenir en Ligue 1, le club bourguignon a démarré un projet d’aménagement qui va bien au-delà du stade Abbé-Deschamps. Son président exécutif, Baptiste Malherbe, en détaille les contours et les objectifs.
L’AJ Auxerre ne sait pas si elle évoluera toujours en Ligue 1 la saison prochaine. L’avenir du club bourguignon sera scellé le dimanche 17 mai, à l’occasion de la dernière journée de championnat ou le dimanche 24 mai, à l’issue du match retour contre l’équipe de Ligue 2 victorieuse des play offs.
Une certitude en revanche, le club détenu depuis octobre 2016 par l’homme d’affaires chinois James Zhou poursuit sa politique de consolidation et de développement.
Le stade Abbé-Deschamps bientôt à 20 000 places
En cours, les travaux d’agrandissement de la tribune Louault illustrent cette stratégie. Prévus pour s’achever en décembre 2026 ou janvier 2027, ils porteront la capacité du stade Abbé-Deschamps à 20 000 places, contre 17 500 actuellement.
Leur coût, chiffré à « 16 millions d’euros », est « entièrement autofinancé par le club, ce qui est unique en France », se félicite Baptiste Malherbe, le président exécutif de l’AJA. Rencontré le 29 avril, il souligne que cette tribune n’est que la partie émergée d’un « projet global » destiné à combler « des années de retard d’investissement ».
Finances : l’AJ Auxerre cherche la bonne recette
Objectif déclaré, « tendre à l’autonomie financière » prônée par James Zhou. « Nous avons un actionnaire très solide mais on ne peut pas vivre que par lui », commente le dirigeant auxerrois. « La baisse des droits télé domestiques nous fait mal, poursuit-il. Nous ne percevons aujourd’hui que 4,5 M€ contre 6,5 M€ en Ligue 2, cinq ans en arrière, alors que les salaires étaient beaucoup moins élevés », rappelle le dirigeant.
« Nous n’avons pas de chance parce que, si nous avons accru nos recettes commerciales, elles ont seulement compensé la baisse des droits télés. Si ces droits s’étaient maintenus, nous aurions un budget de 60 à 65 millions d’euros qui nous permettrait d’être plus costauds en Ligue 1. »
A Auxerre, « avoir une équipe en Ligue 1 est une anomalie »
Son budget actuel, de « près de 50 millions d’euros », classe le club icaunais parmi les plus modestes de l’élite. Et encore inclut-il la vente du milieu de terrain Rudy Matondo au Paris FC, en février dernier, pour 17 M€. « Il faut arrêter de rêver, avertit Baptiste Malherbe. Les gens ont du mal à comprendre qu’avoir une équipe en Ligue 1 dans une ville de la taille d’Auxerre [35 000 habitants, ndlr] est une anomalie. Les jours de match, nos concurrents réalisent trois à cinq fois plus de recettes que nous au guichet. Multiplié par 18 journées, la différence est énorme. »
Sa conclusion est claire : « Nous devons bâtir un club solide, ancré sur son territoire, qu’il soit en Ligue 1 ou en Ligue 2. Donc nous devons trouver notre propre modèle économique et développer nos recettes, sinon nous n’avons aucune chance de perdurer. »
« Plaine sportive » : complexe hôtelier, pôle loisirs, passerelle…
Pour Baptiste Malherbe, cet objectif passe par le projet de « plaine sportive » sur lequel il travaille « depuis quatre-cinq ans » avec la Ville d’Auxerre, l’Agglomération, le Département, la Région et le préfet de l’Yonne. Un projet à « 60 millions d’euros » financé par le club et les collectivités territoriales.
Outre l’agrandissement de la tribune, il comprend la construction d’un complexe hôtelier, l’aménagement d’un pôle loisirs regroupant notamment une boutique AJA et un point restauration, un parking pour les supporters visiteurs, la construction d’une passerelle piétonne au-dessus de l’Yonne pour relier Auxerrexpo et ses parkings à la troisième entrée au stade, un parvis piéton autour de l’enceinte offrant un accès libre à l’Yonne…
« Pourquoi pas une maison médicale spécialisée pour les sportifs », évoque aussi Baptiste Malherbe, désireux de transformer le quartier pour « accueillir plus d’événements, plus de monde, plus d’entreprises, et devenir un point central de la ville ». « Nous avons unifié petit à petit les 20 hectares du club, y compris le centre de formation, au sein de la SA [société anonyme, ndlr] », indique le président.
Le club reste toutefois suspendu à une décision de justice. Dans les rangs de l’opposition municipale auxerroise, une élue écologiste conteste en effet devant le tribunal administratif la vente par la Ville de l’ancien camping où l’AJA compte s’étendre.
L’AJA, « plus qu’un club de foot »
« Je dis souvent que nous sommes plus qu’un club de foot », déclare Baptiste Malherbe, en référence aux racines socio-éducatives de l’AJA, qui a fêté ses 120 ans l’an dernier. L’institution ajaïste, des joueurs aux dirigeants en passant par l’entraîneur, Christophe Pélissier, a pris l’habitude de s’impliquer sur des terrains extra-sportifs.
Le club et sa Fondation Horizon AJA, associé au conseil départemental, distribue ainsi depuis le mois de mars un « kit naissance Génération AJA » à tous les nouveaux-nés d’Auxerre. Il comprend un short, un maillot, un mot du club, et des documents d’information du Département.
« Qu’ils soient ou pas fans de foot plus tard, il faut qu’ils soient fiers de leur club, de leur territoire. Ce n’est pas parce qu’on vit à Auxerre qu’on ne peut pas réussir », conclut-il. Avec un taux de remplissage de 96 %, l’un des meilleurs de Ligue 1, et plus de 12 000 abonnés cette saison – un record – l’AJA bénéficie déjà d’une cote d’amour élevée.
Un capital immatériel que Baptiste Malherbe espère faire fructifier avec son projet. Car s’il mesure la vulnérabilité d’un club comme Auxerre au sein du football professionnel, il entend continuer à faire de cette « anomalie », pour reprendre son propos, « une exception durable ».
Source : mesinfos >> Sport >> 07/05/2026 par Ludovic BERGER
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